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Entretien au sommet de la Potsdamer Platz

Yann-Eryl und Florence
Florence Freitag, Yann-Eryl Mer                                              Foto: © IFB / Claudia Kohl

Après avoir emprunté un ascenseur ultra-rapide nous faisant décoller de 24 étages en 20 secondes, nous nous sommes retrouvés au Panorama café, devant la vue étourdissante d’un Berlin observé 100 mètres au dessus du sol. Un moment de pause entre la projection de En terrains connus et la rencontre entre son réalisateur Stephane Lafleur et les membres du jury était propice à une discussion autour de leurs attentes et de leur avis sur des films hors de la sélection « Perspektive Deutsches Kino ».

True Grit, une ouverture en demi-teinte

Le film des frères Coen, True Grit (dont Michael Kienzl a fait la critique), en ouverture de la Berlinale, a suscité pour Yann-Eryl et Florence un sentiment mitigé. Le film leur a semblé amusant, avec des moments très drôles (certaines scènes tiraient même jusqu’aux Monthy Python), mais il hésitait entre deux postures qu’il n’arrivait pas à concilier : d’un côté une irrévérence parodique envers le genre du western, et de l’autre des moments plus sombres, plus sérieux. Selon Yann-Eryl, il aurait fallut choisir, tirer complètement le scénario d’un côté ou de l’autre. La faiblesse du film repose aussi selon Florence et Yann-Eryl sur le personnage féminin (interprétée par Hailee Steinfeld), même si les deux jurés s’accordent sur l’intérêt du personnage interprété par Jeff Bridges et le jeu de l’acteur.

Le cinéma à venir/les films à faire

Que doit apporter le cinéma de demain ? « Il faut qu’il m’étonne », répond Yann-Eryl. Si Florence et Yann-Eril attendent quelque chose du cinéma à venir, ce serait qu’il sorte un peu de ses montages syncopés (que la télévision à tant popularisé) où l’on ne peut plus voir les plans, ni avoir un rapport avec ceux qui sont filmés : le cinéma doit nous laisser le temps de réfléchir, de voir, et par là aussi donner de la matérialité aux êtres et aux choses filmées. « Même si parfois on peut s’ennuyer, ce cinéma est plus intéressant, car il nous offre du temps de pensée » ajoute Florence. Il faut donc travailler la temporalité dans les films, et le montage pour que le cinéma garde une capacité expressive. Si Florence n’a pas en tête un film qui n’existe pas encore et qu’elle aimerait voir sur écran, Yann-Eryl voudrait créer le sien : un documentaire sur la langue bretonne, qui disparaît peu à peu. Il faudrait pour cela interroger des personnes âgées et essayer de voir comment perpétuer cette culture.

Un film se juge comme un objet séparé de son créateur

Par un choix du président du jury Romuald Karmakar (mais accepté par tous), les jurés se réunissent juste après la présentation de l’équipe, mais ne restent pas à la rencontre avec les réalisateurs à la fin des films. Yann-Eryl assume cette position de se protéger des informations autour des films, qui enlèveraient à l’œuvre sa singularité. Il faut considérer un film comme un objet séparé de son créateur, et de ses conditions de fabrication. « Cela nous permet aussi de débattre directement après la séance, où les sentiments et sensations révélés par le film restent encore en mémoire, sans être distrait par autre chose », ajoute Florence. Même si les films de la sélection « Perspektive Deutsches Kino » sont tous allemands, les deux jurés avouent ne pas vraiment tenir compte de la nationalité des films : ils sont plus créés par des personnalités propres que par leur pays d’origine. « On ne peut pas vraiment dire qu’il existe UN cinéma national, esthétiquement parlant. Même s’il est sûr qu’il peut y avoir des thèmes communs. Par exemple, il est vrai que les films allemands ont un grand rapport à l’histoire de leur pays, qui en devient souvent le sujet » dit Florence. Par contre, qu’ils apprécient ou pas le film, les jurés applaudissent toujours autant, pour en récompenser le travail. « Je n’applaudirai pas plus ou pas moins pour un film que pour un autre, car il faut respecter le travail qu’il demande à celui qui le fait. » (Yann-Eryl)