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Table ronde « Dialogue en perspective »


Frédéric Jaeger, Jean Christophe Berjon, Mathias Gokalp,
Matthias Luthardt, Robert Thalheim, Linda Söffker

Lundi après midi était organisée une table ronde « Dialogue en perspective », destinée à confronter les regards croisés de réalisateurs et responsables de festival, sur le thème de la promotion et de l’aide au jeune cinéma. Regards croisés qui permettaient également de faire le point sur la situation cinématographique en France et en Allemagne.

Les participants à ce débat, animé par Frédéric Jaeger (rédacteur en chef du site critic.de) étaient au nombre de cinq : tout d’abord Linda Söffker, directrice de la section Perspektive Deutsches Kino de la Berlinale, et Jean-Christophe Bergon, délégué général de la Semaine de la critique au Festival de Cannes. Ils étaient accompagnés par trois jeunes réalisateurs : Matthias Luthardt (ayant concouru à la fois à la Semaine de la critique – avec son film Ping Pong, en 2006, et à la Perspektive avec Jesus Liebt dich, en 2008), Robert Thalheim (lauréat du prix « Dialogue en perspective » 2005 pour Tout ira bien), et Mathias Gokalp (réalisateur de Rien de personnel, participant à la Semaine de la critique en 2009).

Les trajets des cinéastes et leurs réactions par rapport aux festivals ne sont pas tous similaires. En ce qui concerne Matthias Luthard, sa sélection à la Semaine de la critique lui a offert une réelle visibilité, notamment dans la presse et plus particulièrement pour la presse allemande. Pour Robert Thalheim c’est lors de la Perspektive que tout s’est enclenché : la sélection de son film à la Berlinale, outre une grande visibilité, lui a offert une véritable reconnaissance en tant que cinéaste, tant de la part de son entourage proche que pour le public : socialement, il était devenu cinéaste. Mais le festival, selon lui, n’est qu’une rampe de lancement, il ne rend pas les choses plus faciles ensuite, ni avec les producteurs, ni avec les distributeurs. Les négociations restent toujours aussi difficiles et chaque nouveau film s’apparente à un retour à la case départ. En outre, avoir été sélectionné une fois ne garantit pas que cela aille de même par la suite (pour preuve, son dernier film n’a pas été sélectionné par la Berlinale, avant d’être par la suite accépté au Certain Regard de Cannes).

Constat confirmé par Jean-Christophe Bergon : faire un premier film n’est pas le plus difficile (bien que ce soit déjà un parcours du combattant) car des aides et des soutiens existent. Faire un deuxième (50% des réalisateurs de premiers film n’en font jamais de second), puis un troisième film est d’une plus grande difficulté encore, car l’attention portée aux premiers films est plus difficile à reproduire pour les films suivants. Chaque film est de nouveau l’occasion de faire ses preuves.

Le réalisateur français Mathias Gokalp garde, quant à lui, un regard assez critique sur son expérience de festival, et la situation française du court métrage. En France, explique-t-il, le court métrage est très développé (il s’en fait environ 600 par an et il existe plus de 100 festivals dévolus à ce format). Et même si le court métrage est un passage obligé pour l’apprentissage de la fabrication d’un film, sa visibilité et son impact sur la carrière d’un cinéaste est faible, voire inexistant. Son court métrage, pourtant montré à Cannes, n’a été, selon ses dires, d’aucune aide pour son nouveau long métrage. Même les acteurs célèbres qui interprètent Rien de Personnel ne l’ont pas vu !

L’historique et l’esprit des festivals

Cette année, la Semaine de la critique fête ses cinquante ans. Elle fut créée en réaction au Festival de Cannes, dont les films sélectionnés étaient en réalité envoyés officiellement par les pays (pour une comparaison musicale que l’on excusera, c’est toujours le cas pour l’Eurovision). La Semaine de la critique a été créée pour diffuser un certain nombre de films choisis par le Syndicat de la critique française, pour les montrer à leurs confrères, mais aussi au monde plus vaste du cinéma, producteurs et distributeurs. Elle a permis la découverte de grands réalisateurs (Jean-Marie Straub, Jean Eustache, Bertolucci). Il y a aussi, à chaque édition, la recherche d’un état des lieux : la sélection essaie d’être la plus internationale possible, mais aussi de montrer une tendance, une ligne qui unit les nouveau films. Cette recherche de la nouveauté, des nouvelles têtes aussi bien que des nouvelles manières de filmer ou de raconter des histoires est l’ambition de cette sélection. Jean-Christophe Bergon se reconnait plus dans son métier comme programmateur que découvreur. Il ne s’agit pas seulement de choisir de bons films, mais aussi ce qui est intéressant au présent.

En ce qui concerne la Perspektive Deutsches Kino, créée il y a dix ans, son but était de favoriser le nombre de films allemands dans la compétition, et ainsi assurer une plus grande visibilité au cinéma allemand, tant dans son propre pays qu’à l’échelle internationale. « La Perspektive est un tremplin pour les talents de demain » dit Linda Söffker ; « il s’agissait de créer un cadre pour donner de la visibilité et convaincre les spectateurs que ce cinéma existait, tout en renforçant la confiance des cinéastes eux-mêmes. » Renforcer l’appartenance à un groupe, alors même que le cinéma allemand qui se dégage du courant mainstream est relativement réduit. En ce qui concerne le trajet d’anciens sélectionnés, Linda Söffker explique que quatre réalisateurs précédemment sélectionnés à la Perspektive ont cette année eu un film dans la section Panorama ou Forum. Une jeune réalisatrice, encore étudiante dans son école de cinéma, dont le court métrage avait été sélectionnée à la Berlinale, a vu son rapport aux professeurs changer, son travail moins critiqué, plus respecté. La directrice de la Perspektive croit à un impact réel pour les jeunes cinéastes, soutien tant moral qu’institutionnel.

En ce qui concerne la France, le festival de Cannes présente souvent peu de film français, alors même que le nombre de films à Cannes est bien inférieur à celui de Berlin : tandis que ce dernier présente 99 films allemands (dont 80 longs métrages) cette année, Cannes présente en tout et pour tout 90 longs métrages. Tandis que le nombre de film sortis en France est très élevé (600 films environ par an dont 200 films français et 100 premiers films), mais aussi parce que la France est le pays où l’on montre le plus de films européens, il est beaucoup plus difficile à un jeune réalisateur français de se faire connaître.

Enfin, les fréquentations des salles en France et en Allemagne sont très différentes : en 2010, il y a eut deux fois plus de spectateurs de cinéma en France qu’en Allemagne, alors même que cette dernière a quinze millions d’habitants supplémentaires. Cela est dû au contexte de production où, notamment, la télévision finance moins le cinéma qu’elle n’entre en concurrence avec lui. Faire un film en Allemagne est donc plus difficile qu’en France, même si la garantie de visibilité est plus grande. C’est donc aux festivals d’assurer ce relai avec le public,et de donner aux jeunes cinéastes un peu d’air et de reconnaissance.

Pierre Eugène