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Trois questions aux membres du jury

Comme l’année dernière, nous allons, tout au long du festival, interroger nos jurés sur leur rapport au cinéma, afin de mieux faire connaissance avec eux. Trois questions pour trois jurés, on ne pouvait pas, pour commencer, faire plus logique.

1 – D’où vient votre passion pour le cinéma ?

2 – Quel regard portez-vous sur le cinéma allemand ?

3 – Que représente pour vous l’opportunité de faire partie de ce jury ?

Johannes Lehnen

1 – Quand vous êtes jeune, vous voyez toujours les choses d’un point de vue enthousiaste. Ce sont des années où vous faites beaucoup de choses. Moi, je me suis énormément plongé dans la culture. J’ai absorbé une grande quantité de musiques, de pièces de théâtre, de littérature… Et puis des films. Le cinéma est, parmi tout cela, ce qui m’a le plus impressionné. Je sentais le pouvoir intense que pouvait avoir le grand écran, comme si tout ce qui était projeté venait d’un monde différent. Je me sentais bien au cinéma. C’était vraiment comme un monde différent pour moi, comme une sorte d’utopie. C’est tellement beau de voir des gens qui tentent de se sortir de leurs problèmes, des gens qui paraissent tellement vrais… si, bien sûr, vous voyez de bons films ! Et donc, au bout d’un moment, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire.

2 – C’est difficile à dire. Si on regarde du côté de l’Autriche par exemple, les films y sont bien plus radicaux, comme ceux de Haneke ou Seidl. Les films allemands qui sortent aujourd’hui paraissent presque un peu timides. Il faut que le cinéma européen continue à être radical, c’est la direction vers laquelle il a toujours tendu. Il faut qu’il suscite de la controverse. Le cinéma allemand vit un peu dans l’ombre des années 1970, avec un grand maître comme Fassbinder par exemple. Ou le cinéma expressionniste des années 1920, qui était fabuleux ! Je me dis que, si un jour je réussis à réaliser un long-métrage, j’aurais envie de le faire dans le style expressionniste. J’aime tout dans cette période : la mise en scène, les maquillages… C’était vraiment une grande époque du cinéma allemand.

3 – C’est vraiment incroyable. J’ai encore du mal à y croire. Je n’ai que 19 ans, je viens de passer mon bac il y a trois semaines ! Je me demande si tout cela n’arrive presque pas trop tôt. C’est vrai que je regarde des films tous les jours, que je lis tout ce qui s’y rapporte, mais parfois je me dis que je suis simplement trop jeune, que j’ai encore beaucoup à apprendre. C’est donc un grand honneur pour moi d’être ici. Je ne ferai peut-être pas partie d’un autre jury de sitôt, donc profitons-en !

Florian Targa

1 – C’est arrivé tardivement, et un peu par hasard. Il y a environ 10 ans, j’ai dû déménager afin de poursuivre mes études. J’avais pas mal de temps libre et un jour, j’ai commandé des DVD sur Internet qui n’étaient pas chers, et parmi eux il y avait « Le Cabinet du Docteur Caligari ». J’ai adoré ce film, et véritablement, j’ai découvert le cinéma ce jour-là.

2 – C’est grâce au cinéma allemand que j’ai découvert le cinéma. Ensuite j’ai rédigé un mémoire de master sur Werner Herzog. Mon sentiment sur le cinéma allemand actuel, c’est que, vu de l’extérieur, on connaît bien les films qui se rapportent à l’Histoire, comme « Barbara » par exemple, mais que l’on a du mal à accéder aux œuvres plus intimistes. Il y a véritablement un décalage entre ce qu’il est vraiment, et ce que l’on en perçoit à l’étranger. En France, les sorties de films allemands sont réduites à la portion congrue.

3 – Pour moi, c’est l’occasion d’explorer une passion. C’est aussi une forme de reconnaissance. Je m’intéresse beaucoup à l’histoire du cinéma, et venir ici, dans un festival centré sur des films contemporains, c’est l’occasion de voir des films sans rien en savoir à l’avance. Il faut faire confiance à son regard, à son opinion. Pour la critique que nous devions écrire afin de postuler à une place dans ce jury, j’avais d’abord pensé écrire un article sur « Barbara ». Puis je me suis ravisé, j’ai préféré écrire sur une comédie que je ne connaissais pas, dont je ne savais vraiment rien avant de la voir, pour la juger sur ce qu’elle est véritablement. C’est ce que nous allons faire pendant 10 jours : nous serons les premiers à voir ces films, et nous n’aurons pas à attendre l’avis des autres pour déterminer ce que nous en pensons.

Regina Karl

1 – Du cinéma justement ! Quand j’étais très jeune, on allait au cinéma avec mes parents, et cette expérience était pour moi comme un petit rêve. Aller au cinéma, c’est vivre une rêverie. Je n’ai pas réalisé de films moi-même, je suis donc plutôt du côté « penseur » de cinéma. J’aime m’asseoir dans une salle et tout simplement jouir d’un film. C’est ma passion.

2 – J’ai été impressionnée par quelques films allemands ces derniers temps, je trouve que c’est un cinéma très « progressiste ». Ce ne sont peut-être plus des films d’avant-garde comme ceux de Christian Petzold ou Christoph Hochlauser, mais il y a un noyau dur de cinéastes berlinois, ce qui me semble important, et nous rappelle l’époque de Fassbinder. Il existe donc encore des grands noms, mais aussi des cinéastes qui s’interrogent sur ce que pourrait être le cinéma, comme Maren Ade par exemple. J’ai envie de me laisser surprendre par des cinéastes allemands qui viennent présenter leurs films ici, et dont je ne connais absolument pas le travail. Je pense que le cinéma allemand a réussi à faire son petit bout de chemin à travers le 20ème siècle, et je suis impatiente de voir ce qu’il peut proposer de nouveau.

3 – La raison qui m’a poussée à postuler pour ce jury, c’est que, bien sûr, j’aime le cinéma et que la Berlinale est un lieu parfait pour voir de bons films, mais aussi parce que je me rappelle qu’il y a quelques années, je faisais la queue pour voir les films que tout le monde attendait, et parfois je n’arrivais pas à temps pour réussir à rentrer dans la salle. Cette fois-ci, c’est différent, comme je le disais, je vais découvrir des films que je ne connais pas, de jeunes cinéastes qui peuvent avoir la chance de montrer leurs films à la Berlinale, et je pense que c’est très important. J’ai le sentiment que cette édition de la Berlinale sera très politique, et cela m’intéresse beaucoup. Notre jury est composé de jeunes gens, qui ont parfois le même âge que les cinéastes que nous allons découvrir, c’est assez excitant. Et puis nous allons discuter des films entre nous, c’est un échange qui va durer tout le long du festival, je suis impatiente d’y être. Jusqu’à récemment, je ne connaissais pas l’existence de ce jury de l’OFAJ, donc, lorsque je l’ai appris, j’ai postulé directement. En plus j’aime beaucoup la France, ça a toujours été une part importante de ma vie, et je pense qu’il est très important qu’il y ait de véritables échanges entre nos deux pays. Et puis nous avons un juré qui vient du Portugal aussi, donc ce n’est pas un jury exclusivement bi-national, c’est très enthousiasmant et véritablement exceptionnel. Nous allons donc faire de notre mieux !