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Trois questions aux membres du jury, la suite

Suite et fin de nos petites interviews, toujours sur le même modèle :

1 – D’où vient votre passion pour le cinéma ?

2 – Quel regard portez-vous sur le cinéma allemand ?

3 – Que représente pour vous l’opportunité de faire partie de ce jury ?

Jorge Henrique Viera Rodrigues

1- Il n’y a pas eu de moment absolument décisif. Ma première passion, c’était la littérature et après je me suis aperçu que le cinéma était aussi une façon intéressante, complètement différente et avec un langage propre, de raconter des histoires. Quand je me suis retrouvé à l’université, j’ai rencontré des passionnés de cinéma et je me suis donc encore plus intéressé à cet art. C’est alors que j’ai véritablement compris que c’est une invention technique qui a totalement changée notre façon de penser.

2- Je pense que si l’on aime le cinéma, il faut absolument connaître le cinéma allemand. Les classiques sont véritablement incontournables. Il y a eu une normalisation du cinéma allemand dans les années 1990, et aujourd’hui on peut voir à nouveau des films qui créent leur propre voie. Ils font un cinéma plus radical, qui s’éloigne du côté traditionnel, que ce soit au niveau de l’image ou de la narration.

3- C’est absolument incroyable, parce que d’une part, je suis portugais, et je n’aurais jamais pu imaginer pouvoir profiter de cette opportunité. Je pense que c’est une bonne chose que ce jury possède un septième élément comme moi, car je peux apporter un regard un peu différent. Après, la nationalité n’est pas non plus un élément déterminant, car il y a dans le cinéma des références européennes communes.

Clara Chapus

1- Quand j’avais environ huit ans, j’avais une relation au cinéma basée sur le fantasme, car je ne pouvais pas voir beaucoup de films étant donné que j’habitais à la campagne. Du coup, je découpais des images dans les magazines et je les collais. Donc beaucoup de films ont été pour moi de gros fantasmes, et j’ai pu les voir par la suite. Aux alentours de 15 ans, j’ai commencé à aller au cinéma régulièrement car avant, je ne faisais que regarder des vieux films à la télévision avec mes parents. Je lisais beaucoup aussi à l’époque, donc je pense que j’ai toujours aimé les histoires.

2- Il y a quelques années, je me suis beaucoup intéressé au cinéma allemand, c’est un peu moins le cas maintenant. J’apprécie vraiment les films dans la veine de ceux de Christoph Hochlauser, un peu moins ceux d’Angela Schanelec. Sinon j’ai vu très tôt des films de Murnau ou Wenders, et ils m’ont beaucoup accompagnée entre 15 et 19 ans. J’ai fait un film sous forme de carnet de voyage à Berlin quand j’avais 17 ans, où j’ai revisité des lieux présents dans Les Ailes du Désir. Je me suis aperçue que le paysage urbain berlinois a bien changé depuis ce film.

3- C’est une très grande chance, même si c’est assez fatigant ! On voit énormément de films, même en dehors de notre sélection, on rencontre bon nombre de réalisateurs. Par exemple, j’ai eu la grande chance de rencontrer Jacques Doillon hier, car j’ai adoré le film qu’il a présenté ici. Le fait d’être juré nous offre donc des opportunités inestimables. C’est aussi très agréable de discuter des films entre nous, nous avons fait une première délibération il y a deux jours. Je m’attendais à ce que cela aille assez vite, et en fait, nous avons eu de véritables conversations autour des films, sur des questions éthiques et esthétiques, et c’était un moment assez fort.

Tatiana Braun

1- Très jeune, j’ai vu beaucoup de dessins animés au cinéma avec mes parents. Et puis une fois par semaine, nous regardions des films à la télévision. J’avais un véritable intérêt pour l’art, l’esthétique et l’image en général, ce qui m’a poussée vers le cinéma. La lecture également a pris une part importante dans ce processus.

2- J’allais souvent avec des amis voir des « sneak previews » : ce sont en fait des séances où l’on ne sait pas à l’avance quels films seront programmés. J’y ai découvert le cinéma allemand récent, et à la faculté, je voyais plus des films du répertoire classique. J’aimais beaucoup les films expressionnistes, avec un rapport fort aux thématiques historiques. L’histoire du cinéma allemand s’arrête un peu dans les années 1930, puis reprend dans les années 1970. Il y a vraiment, dans ces deux périodes, la volonté de faire un art qui soit puissant. Je connais un peu moins après les années 1970, j’ai seulement commencé à m’y intéresser récemment. Je me suis un peu lassée des films allemands sortis à la fin des années 1990, avec toujours les mêmes problématiques sur l’Histoire, la RDA, etc.

3- C’était la troisième fois que je postulais pour faire partie de ce jury, donc je suis vraiment heureuse d’y être enfin. J’aime beaucoup parler des films, réfléchir dessus et puis j’adore ce festival, qui est à la fois politique et divers. C’est une grande chance de faire partie de ce groupe franco-allemand, d’avoir ces discussions interculturelles et de faire partie de l’événement.

Théophile Foucart

1- J’ai commencé à m’intéresser au cinéma quand j’étais au lycée. Je m’ennuyais un peu le soir, donc j’allais à la bibliothèque et j’empruntais plein de DVD, aussi bien des bons comme des mauvais films. Cela m’a permis d’ouvrir un peu mon champ de vision sur le cinéma et de découvrir plein de choses différentes. Quand je suis arrivé en faculté, j’ai pris en charge la direction du ciné-club et j’ai organisé plusieurs conférences. En licence, je me suis lancé dans l’écriture d’un mémoire sur le cinéma comme médium identitaire, avec par exemple le cinéma reaganien et des films comme Rambo, pour voir comment ils influencent le spectateur. C’est donc progressivement devenu une passion.

2- Pour être franc, je n’ai pas une grande connaissance du cinéma allemand. Je l’ai découvert dans une petite salle en Picardie qui diffusait Lisbonne Story de Wim Wenders, car il y avait une communauté portugaise dans le coin. C’était une situation un peu surréaliste, mais en tout cas j’ai adoré le film. Je trouve qu’il y a une réflexion vraiment profonde sur l’image chez Wim Wenders, et cela m’impressionne. En préparant la Berlinale, j’ai également découvert Fassbinder et Schlöndorff, et puis bien évidemment l’école allemande, notamment avec Petzold. J’ai le sentiment qu’il y a dans le cinéma allemand d’aujourd’hui une très forte dynamique, et j’aime beaucoup le rapport que les cinéastes allemands en général ont par rapport à leur Histoire.

3- Je ne m’attendais pas trop à être sélectionné donc je suis vraiment content. J’avais vraiment envie de m’investir dans cet échange culturel, de montrer que l’amitié franco-allemande compte aussi pour la jeunesse. Nous nous devons de faire vivre l’amitié franco-allemande en dehors des intérêts économiques. Nous avons une certaine responsabilité en tant que jury. Je pense que nous sommes capables d’apporter un regard différent sur le cinéma.