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Un chassé-croisé France-Allemagne pour évoquer celui entre le théâtre et le cinéma

Table ronde / Werkstattgespräch

Consacrée à deux sujets chers à Robert Bresson, qui avait fait de son « cinématographe » et ses « modèles » les pierres de touche d’une œuvre libérée du « théâtre filmé » et du jeu traditionnel des acteurs, la table ronde « Théâtre et cinéma : Où mènent les désirs ? Le jeu d’acteur en France et en Allemagne » offrait surtout, par son intitulé, l’occasion d’organiser un échange interculturel sur les traditions solidement implantées de part et d’autre du Rhin : tandis qu’au pays de Bertolt Brecht le théâtre tient une place de choix et que le cinéma local éprouve parfois quelques difficultés à étendre sa réputation au-delà de ses frontières, la situation semble symétriquement opposée dans l’Hexagone. Pour évoquer cette situation en miroir, l’OFAJ misait sur un chassé-croisé d’artistes : les deux représentants français, le réalisateur Denis Dercourt et l’actrice Lucie Aron, ont récemment exporté leur art en Allemagne, pendant que les émissaires allemands, le célèbre metteur en scène Thomas Ostermeier et la comédienne Marie Baümer, ont travaillé en France.

Fort de son expérience en Allemagne, où il a tourné – en allemand – son dernier film (Pour ton anniversaire), le cinéaste français Denis Dercourt a rappelé qu’en France : « Les acteurs ne viennent pas du théâtre. On fait des castings de nature pour chercher quelqu’un qui ressemble au personnage. Alors qu’en Allemagne, il y a une palette plus large. » Une différence qui tiendrait essentiellement au fait que les comédiens allemands alternent, plus aisément que leurs confrères français, entre les planches et les plateaux ; même si la démarcation entre le théâtre et le cinéma a tendance à devenir plus poreuse en France, comme le souligne la comédienne Lucie Aron, qui présentait cette année à la Berlinale le film Kreuzweg. Ce dernier incarne d’ailleurs idéalement combien « théâtre et cinéma s’interpénètrent », pour reprendre les mots du modérateur Frédéric Jaeger : composé de quatorze plans fixes répartis sur un peu moins de deux heures, le troisième long-métrage de Dietrich Brüggemann devait trouver comment « transposer le travail du théâtre dans la durée », expliquait la jeune actrice.

Partisan d’une approche qui refuserait les différences nationales pour mieux apprécier les situations dans leur individualité, Thomas Ostermeier estime que le plus important sera toujours de « déceler la particularité des acteurs » et d’éviter les « généralités » voulant que le théâtre soit « plus fort en Allemagne » alors que le cinéma dominerait en France. Malgré tout, comme le fit remarquer Lucie Aron, certaines traditions structurent et justifient les oppositions souvent évoquées entre la France et l’Allemagne, notamment le fait « qu’en France, un théâtre accueille au maximum deux spectacles pendant plusieurs mois, alors qu’en Allemagne chaque soir on peut aller voir un spectacle différent dans la même salle ».

De même pour l’actrice allemande Marie Bäumer, à l’affiche de Pour ton anniversaire et dont la carrière est aujourd’hui partagée entre la France et l’Allemagne : « Quand on évolue dans les deux pays, on voit qu’en France il y a une culture du cinéma vivant », contrairement à l’Allemagne où l’on sait faire « de la musique classique, du théâtre et construire des voitures, mais il ne faut pas qu’on fasse semblant de faire du cinéma ». Un constat sévère que Denis Dercourt, lors des questions avec le public, a mis sur le dos de la situation paradoxale qui règne en Allemagne où l’on fait des « reproches au cinéma quand il est trop théâtral alors que Fassbinder fut le plus grand ». « L’avenir du cinéma allemand passe peut-être par le théâtre », a-t-il conclut.

Foto: Berlinale/Daniel Seiffert